| E n 1854 - il a tout juste 21 ans -, Johannes Brahms publie sa première
oeuvre de musique de chambre : un Trio pour piano, violon et violoncelle.
En 1894, il livre ses dernières pensées à travers
les deux Sonates pour clarinette. De l'opus 8 à l'opus 120. quarante
années de méditation, de travail, de création exemplaire.
Or, il est curieux de constater qu'à l'inverse de nombreux compositeurs, l'auteur des Maguelone Romanzen se tourne tout d'abord, et résolument, vers les formules assez étoffées du Trio, du Quatuor - avec piano ou à cordes -, voire du Quintette et même du Sextuor. Comme s'il craignait les hautaines spéculations de la simple sonate à deux instruments : comme s'il cherchait à exercer sa plume en vue d'architectures plus élaborées, telles que seront les symphonies regroupées en deux périodes bien distinctes : 1876-77 (les Première et Seconde). 188385 (les Troisième et Quatrième). C'est alors que par un mouvement de reflux, et comme s'il ressentait impérieusement le besoin d'alléger son langage - on pense à Franck composant sa célèbre Sonate après les Variations symphoniques ; à Chausson écrivant son magnifique Concert après les altiers discours de la Symphonie en si bémol -. Brahms se tourne, en 1878, vers le cadre plus épuré de la sonate pour piano et violon. Il a alors quarante-cinq ans : ce n'est donc plus un jeune homme, et cette recherche vaut valeur d'engagement. Esthétique et compositionnel. Car il s'agit bien là d'une exploration nouvelle, consciencieusement menée. A vrai dire, pareille réalisation avait certes été précédée de quelques expériences, mais sans lendemain : vers 1850, le musicien avait signé une première sonate, aujourd'hui perdue ; puis, quelques années plus tard, les manuscrits de deux autres furent détruits, sans autre forme de procès. Ce n'est vraiment qu'en 1862 qu'il aborde le difficile paysage de la sonate en écrivant son opus 38, dédié aux piano et violoncelle, et auquel il travailla plus de trois ans. Ce qui souligne bien son exigence intellectuelle. Dans cette conquête d'un art qui le fascine et l'intimide à la fois, trois lustres seront encore nécessaires avant d'en arriver à la formule "pianoviolon". Entre-temps. Brahms aura affronté les pures assises du quatuor à cordes (opus 51 et opus 67), ce pont-aux-ânes que redoutent tous les compositeurs... Vers la fin de l'année 1878, le musicien se décide à sauter le pas et s'attelle à son opus 78, qu'il poursuivra durant tout le printemps et achèvera au cours de l'été de 1879, à Pörtschach en Carinthie où il séjourne pour la troisième fois, tant ce décor de lacs et montagnes lui fait de bien à l'âme. C'est d'ailleurs une page poétique, au sentiment idyllique, pastoral, élégiaque qu'il signe là : n'utilise-t-il pas en effet dans ses premiers et derniers mouvements un thème venant tout droit d'un Lied, ce Chant de la pluie opus 59 n°3, sur un texte de Klaus Groth "Walle, Regen, walle niederWecke meine alten LiederDie wir in der Türe sangenWenn die Troplèn drauQen klangen !" ("Tombe pluie, tombe ! Réveille mes vieux chants Ceux que nous chantions, jadis sur le seuil Tandis qu'au dehors tapotaient les gouttes ') |
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