- Marie-Annick Nicolas, votre parcours est peu commun, votre
palmarès éblouissant. Pouvez-vous nous en rappeler les
grandes lignes?
- Une enfance équitablement partagée entre travail et
loisirs, la conviction d'étre née violoniste et la volonté
d'une majuscule entre Violon et Musique. Déterminante, la fabuleuse
rencontre avec David Oïstrakh. J'avais 13 ans.
- Et aujourd'hui?
- Beaucoup de projets... Une pause de quelques années, de 1986
à 1990, pendant laquelle j'ai privilégié la pédagogie.
Je reste animée par le désir de transmettre la subtile
palette des écoles franco-belge, russe et américaine.
En tant qu'interprète, une directioni me semble essentielle:
la passion et la générosité!
- Où puisez-vous votre inspiration?
- Cela dépend, bien entendu, de l'état émotionnel
dans lequel on est au moment où l'on joue. Je me suis aperçue
que le fait d'avoir voyagé au coeur de l'Espagne, des Etats-Unis
et de tous les pays que j'ai visités constitue un atout fondamental.
En fermant les yeux, on se souvient des atmosphères, des ambiances
et de la vie qui palpite dans chacun de ces pays. Lorsque je joue
le concerto de Brahms
ou de Mendelssohn, par exemple, j'aime me replonger dans des souvenirs
très précis que j'ai de l'Allemagne romantique. La musique
en ressort enrichie, transcendée...
- Quelle est, selon vous, la différence entre le disque
et le concert
- A peu près la même qu'entre cinéma et théâtre
! Le concert est un instant unique. Il appartient aux interprètes
de le faire flotter entre Éphémère et Éternel:
Le disque impose une perfection d'ordre analytique, de par l'évolution
technique actuelle, qui fixe de façon définitive l'émotion
du moment. Le meilleur compromis reste à mon sens l'enregistrement
"live".
- Pourquoi les interprètes classiques sont-ils toujours
définis comme des artistes sages et sérieux ? ...
- Il est vrai que pour jouer dans le respect du texte musical, la
réflexion s'impose de façon permanente et rigoureuse.
En revanche, il serait important d'arriver à sortir de cette
représentation "caricaturale". Beaucoup de musiciens
sont sensibles au jazz, à la danse, à la musique populaire.
Je ne me considère ni sage ni sérieuse !
- Comment envisagez-vous l'avenir :
- Peut-on rêver à la fois de passion, de sérénité
et de confiance? Je vous répondrai simplement : "Que chaque
concert soit une fête. Que l'artiste soit relié à
son public, en toute humilité, dans la noblesse du talent universel". |