Remarquée dès l’âge de 13 ans par l’immense violoniste David Oïstrakh, elle suscita l’intérêt de Heifetz et Francescatti. Petite rétrospective sur ces grands maîtres qui ont jalonné la vie de Marie-Annick Nicolas.

J’ai rencontré Zino Francescatti en 1974, à l’occasion d’un stage à Montreux, alors que je préparais le Concours Tchaïkovski. Auparavant, j’avais connu J. Heifetz, N. Milstein et, surtout, D.Oïstrakh. Avec ce dernier, Zino Francescatti est le grand violoniste dont j’ai le souvenir le plus vif et le plus aigu. J’en conserve une empreinte sonore indélébile, l’image d’une sorte de boule de feu contenue, d’une puissance extrême, qu’on aurait crue produite par l’élégance ferme de la main gauche.

En tant que pédagogue, son contact avec l’élève était direct et extrêmement simple. Il ne s’embarrassait pas de grandes phrases ou de termes musicologiques et prenait souvent son Stradivarius pour illustrer ses propos d’un exemple, mais sans exagérer ou chercher à donner un récital en cours. Dans mon cas précis, il était, par exemple, surpris par la position basse de ma main gauche. J’avais trouvé étonnant qu’il me questionne sur les exercices que je faisais à l’époque et qu’il me demande de lui montrer. Cette curiosité, exprimée avec beaucoup d’humilité est restée une grande leçon de vie pour moi. Francescatti indiquait fréquemment des doigtés, mais on se sentait libre de les adopter ou non. Comme tous les grands professeurs dignes de ce nom, il suggérait mais n’imposait jamais. Si je gardais mes propres doigtés, j’étais priée de respecter une logique de son, de timbre et de clarté de lecture ; il insistait beaucoup sur la logique du discours.

Francescatti possédait une forme de pensée percutante, extrêmement personnelle mais toujours respectueuse du texte. La pureté de ligne de ses interprétations reflétait l’esprit libre d’un épicurien qui a vécu de manière très sage. Enfin, il eut l’intelligence de quitter la scène assez tôt pour que demeure de lui l’image d’un seigneur.

propos recueillis par Alain Cochard

Marie-Annick Nicolas profita également de l’enseignement de Boris Bielinki, Josef Gingold, Franco Gulli, Nejmi Succari, Henryk Szeryng et Youri Yankelevitch.

With Marie-Annick Nicolas, I think that France has, once again, got a very great violinist.

Henryk Szeryng – interview réalisé à France Musique – août 1973

Marie-Annick Nicolas is very gifted and eminently musical. Her playing of the Mendelssohn was simply magical. I have no doubt that in a few years she will be one of the stars of the musical world.

Boris Goutnikov – jury du concours Tchaïkowsky – juillet 1974

Marie-Annick Nicolas possède une aisance miraculeuse.

Zino Francescatti

What a sound, what warmth, what impeccable virtuosity, what elegance. You are a great violinist and a superb musician.

Franco Gulli – Bloomington (U.S.A.) – Avril 1992

Marie-Annick NICOLAS joue du violon comme chantent les oiseaux.

David Oistrakh – La Pravda 1974